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La fainéantise heureuse par Jean Giono

Comment Jean Giono voyait-il le travail ?
Quels sont pour lui les vrais richesses de la vie ?

Quand on ne fait rien on rêve et quand on rêve, on crée…

Une conférence de Claire Daudin*, enregistré en décembre 2019 à l’IFM de Paris :

L’écrivain Jean Giono (1895-1970) a beaucoup critiqué la notion de travail, liée pour lui à diverses aliénations qui avaient pour nom l’argent, la société de consommation et la civilisation urbaine.

Les « vraies richesses » (titre d’un de ses essais, paru en 1936), étaient liées pour lui à la vie rurale et à une forme de ce qu’on n’appelait pas encore « sobriété heureuse », un concept contemporain qui fait écho à cette vision du monde qui pouvait paraître, il y a encore quelques années, complètement dépassée, voire « ringarde ».

« Exprimer le monde avec la divine habileté des mains nues » : tel était l’idéal dont s’inspirait Giono, qui avait été profondément marqué par la figure de son père, cordonnier à Manosque (Alpes de Haute-Provence). En « créant joyeusement et librement des souliers » (le verbe « créer » est utilisé par Giono de préférence à « fabriquer » ou « faire »), ce père artisan incarnait une forme de bonheur qui n’a pas survécu à la guerre et aux illusions pacifistes de l’écrivain.

Il y a donc une double leçon à tirer des livres de Jean Giono :
La première, c’est que l’utopie d’une vie de fainéantise et de contemplation littéraire est toujours séduisante.
La seconde, c’est qu’on serait bien inspiré de ne pas croire dur comme fer à ses utopies : le « choc du réel » a été dur pour l’écrivain, qui s’est réfugié après la guerre dans une version plus individuelle du bonheur.

« Les gens qui prônent la sobriété heureuse devraient lire Giono pour être mis en alerte sur le décalage entre le mythe et la réalité », et ils devraient savoir « faire la différence entre un poème et un projet de vie, trouver la bonne distance… » (Claire Daudin).

* Claire Daudin, écrivain, éditrice des « Oeuvres poétiques et dramatiques » de Charles Péguy dans La Pléiade, auteur du « Sourire » (roman, Cerf, 2009), et du « Peintre aux outrages : Charles Filiger » (roman, Cerf, 2018).

Source : Radio France

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